Corriger, réécrire : un passage en enfers

Je serai honnête : je ne me suis jamais penchée une seule fois sur la réécriture d’une de mes histoires. Je n’ai jamais pensé une seule seconde de tout recommencer depuis le début car je pensais qu’une fois écrites, je devais simplement corriger les fautes de français et la grammaire.

J’ai été ô combien naïve.

Certes, je me suis améliorée depuis que j’ai commencé à écrire…depuis l’année 1997. Je suis passée par plusieurs étapes très importantes dans la vie d’un auteur. J’ai été insouciante, orgueilleuse, tête de mule, lourde dans mes textes. Ainsi qu’aveugle et sourde dans les critiques. Je suis remplie de doutes qui sont omniprésents. Un passage à vide.

Ecrire était pour moi une passion. Je n’avais pas besoin de plus. J’écrivais et cela me suffisait largement comme si le simple fait d’écrire à la main ou de taper à la machine à écrire ou à l’ordinateur était les seules choses à faire pour créer une histoire.

Et je me suis pris un mur. La réalité est tout autre.

Un jour, j’ai reçu un commentaire négatif sur une de mes histoires. Cependant, ce n’était pas un commentaire comme j’avais l’habitude de recevoir au sujet de ma dyslexie, de mes fautes de français ou de ma grammaire ou même simplement de mon scénario. C’était autre chose. Quelque chose qui m’a fait ouvrir les yeux sur ma façon d’écrire.

Quand mes personnages devaient accomplir quelque chose, c’était évident pour eux qu’ils devaient le faire. Le doute, la peur, tout cela n’existait pas dans leur esprit. Ils étaient totalement dans l’optique que s’ils devaient le faire, ils le feraient. Ils se posaient aucune question. Ils ne remettaient rien en question.

Si un personnage se retrouvait dans la situation de devoir tuer son voisin pour sauver quelqu’un, il ne pesait jamais le pour et le contre. Il le faisait et c’était tout. C’était comme si sa façon d’agir ne pouvait être que spontanée. Je n’avais pas de personnage avec des sentiments à proprement parler mais juste des robots, des soldats qui m’obéissaient.

C’était étrange. Je me suis alors demandé pourquoi les personnages devaient m’obéir absolument ?

Je n’avais pas de plan de route. Je n’ai jamais su où j’allais dans mes histoires. J’avais juste une idée bien précise des choses et je brodais autour. Parfois, je me retrouvais insatisfaite de mon chapitre et je recommençais.

Je recommençais. Encore et encore.

Puis je me posais les questions. Ces fameuses questions que tout autre s’est un jour demandé : « à quoi bon ? »

En fouillant mes anciens disques durs, j’ai retrouvé des histoires jamais publiées, jamais terminées; mêmes des idées jamais exploitées. je savais au fond de moi que ce n’était pas de la fatigue, de la fainéantise ou le manque de temps. Je savais très bien que ces histoires j’avais envies de les partager, que l’on me lise. Que l’on m’écoute tout simplement.

Et puis encore une fois : A quoi bon ?

D’un côté, on vous dit que le monde a besoin de votre roman. De l’autre, on n’oublie pas de vous rappeler que tout a déjà été écrit. Donc, je me suis posée cette question : « si le monde a besoin de mon roman mais que quelqu’un l’a déjà écrit, pourquoi devrai-je le faire ?  » Ce à quoi on me répondait : « personne l’a écrit avec ta voix à toi ».

Dans le processus d’écriture d’un roman, on doit passer par la correction et la réécriture. Chose que je n’ai jamais fait en entier sur aucun de mes écrits. Cela va faire un an tout au plus que j’ai pris la décision de corriger ma très vieille fanfiction « Harry Potter » qui s’appelle ‘Luna Mula’ suite à un énième plagiat/copie sur wattpad.

Au début, je m’y mettais tous les jours pour corriger chaque passage, chaque faute. J’ai changé des paragraphes, mieux construits des phrases. J’ai essayé de pas supprimer trop de choses — car cela aurait peut-être changé l’histoire. Cependant, plus j’avance, plus je me sens fatiguée. Les deux derniers chapitres sont pour moi les pires à corriger. C’est comme si la moi de l’époque avait fait un rush pour les écrire pour s’en débarrasser et avait simplement fait taire cette petite voix qui disait de faire attention à où elle mettait les pieds et à ce qu’elle écrivait. Ce sont deux chapitres excessivement brouillon et mal écrits. J’ai clairement cherché des sorties de secours pour clôturer mon histoire. J’ai eu l’impression que j’avais pris énormément de plaisir à écrire les trois quart de mon histoire et que j’ai baissé les bras arrivée à la fin. Je me suis donc forcée à la terminer.

Ca se voit. Ca se sent. Ca se ressent dans la manière où j’ai construit mes phrases clichées et mes paragraphes.

Naïvement, je me suis dit que plus j’allais avancer dans l’histoire, plus ce sera simple de corriger. Mais au contraire : plus j’avance, plus j’ai l’impression de me noyer dans les incohérences et la folie de mon imagination de l’époque.

Le début de toutes mes histoires sont timides; comme si je me présentais constamment à mes lecteurs devant un amphithéâtre noir de monde. Plus le temps passe, plus les chapitres avancent, plus je me lâche. Et plus je me perds dans mes propres erreurs.

Je ne m’écoute plus moi-même qui me dit de faire attention où je met les pieds dans mes scénario. Je ne m’écoute plus moi-même quand je me dis que les gens pourraient trouver cela niaise, idiot et terriblement cliché. Je me disais qu’arrivés à un certain chapitre, les gens y feront plus attention. Ils étaient comme aspirés dans l’histoire.

Corriger les fautes de français, cela prend du temps. On peut toujours trouver des gens pour aider.

Corriger des fautes et réécrire des passages : cela vous demande de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Surtout quand vous arrêtez pas de vous demander pourquoi vous avez décidé d’écrire tel passage et pas un autre. Pourquoi cela se passe comme cela et pas autrement.

Et surtout, je me suis aperçue que je n’aimais pas la fin de ma fanfiction.

Cela m’est arrivé comme cela. Comme une évidence cruelle : je n’aime pas la fin de cette fanfiction.

Peut-être parce que cela fait plus de seize ans maintenant qu’elle existe et que j’ai changé ma vision des choses. Je ne sais pas. Pourtant, j’aime énormément de passage. Même des passages très simples, très doux et très porté sur l’affection.

La fin pour moi démontre bien que je voulais me débarrasser de cette histoire le plus vite possible. Elle n’a simplement pas de sens.

De plus, mon personnage de Hermione est grandement inspirée de celle du livre et pas celle des films ce qui entraine irrémédiablement les mêmes remarques incessantes sur le fait qu’elle pleure trop. Or dans les livres, elle pleure énormément. Je suis assez fatiguée de me battre et de me justifier sur ce point à chaque fois.

Je ne pensais pas que réécrire serait aussi dur. Que l’écriture d’une histoire n’était que la partie la plus simple.

De plus, plus les années passent, plus j’ai l’impression de vouloir être parfaite dans tout ce que je fais. Dans mes écrits, dans mes corrections…mais je sais que ce ne sera jamais le cas.

Car je suis dyslexique.

Car je suis fatiguée.

Car je n’en ai plus la force.

Je suis en enfers pour le moment. Dans mes propres enfers à corriger, réécrire et à trouver des idées de scénario, de livre, de romans, de fanfictions, de nouvelles pour avancer de nouveau.

Encore une fois, je met toujours la charrue avant les boeufs. Et je pleure par avance de la charge de travail que j’aurai une fois le roman terminé.

Ca ne devrait pas être aussi compliqué…Cela ne devrait jamais être aussi compliqué…

Quinze ans

Ma fan fiction « Luna Mula » a été postée il y a quinze ans. Cela fait un bail, n’est ce pas ?
En novembre 2005.
Vous savez, à cette époque, j’écrivais sur un iBook G3. J’ai commencé petit à petit à maitriser les ordinateurs pour taper encore et encore des pages et des pages…
D’abord dans une application sans correcteur d’orthographe. Puis j’ai acheté Office 2004 sur mac et c’est parti.
J’ai écrit..des tas de mots. Dix mille mots des fois en deux heures. J’écrivais tellement vite. Et je corrigeais le peu que je pouvais..

Résultat, encore aujourd’hui, cette histoire est remplie de fautes.

Suite à un re-postage sans mon autorisation sur Wattpad — j’avais déserté ce site depuis pas mal d’années — j’ai décidé de la reposter partout…au cas où.

Donc sur Fanfiction.net…
Sur AO3.
Sur Fanfic-fr.net
Sur Fanfictions.fr
Sur Hpfanfictions.org
Sur Wattpad…

Sauf qu’au début j’ai voulu la remettre telle quelle sans la toucher et la relire — j’ai des soucis maintenant avec cet univers et ça me fait du mal de replonger dedans — et j’ai fini par craquer.

Il va falloir que je la relise et que je la corrige.

J’ai changé des phrases, j’ai corrigé des propositions compliquées. Je me suis rendu compte à quel point j’avais des tics de langages. Je mettais des points de suspensions partout, j’ai des répétitions dans tous les sens. C’était infect.

Et beaucoup de fautes et d’accord et même parfois il manquait des mots !

Cela ne fait pas de tord de l’avoir laissé pourrir dans un coin pour la relire quinze ans plus tard. Je n’ai plus la mémoire des phrases que j’avais écrite et je redécouvre l’histoire comme si je la lisais la première fois.

Je sais qu’elle n’est pas parfaite mais je ne pourrai jamais la recommencer depuis le début.

Je ne pense pas que ce soit ça que je doive faire.

Pour l’instant, je la corrige…il me reste encore dix chapitres à corriger.

Et peut-être reprendrai-je sa suite ? sa séquelle ?

Peut-être, je ne sais pas.

Corrigeons.

Editons.

Et nous verrons.